L'HARMATTAN


Les Amériques noires [1967]
Préface de J. Benoist, 1996, 236 p.

 
    L'intérêt porté à l'étude des cultures afro-américaines est relativement récent. Il a fallu attendre la suppression de l'esclavage ; car jusque-là on ne voyait dans les Noirs des Amériques qu'une force de travail, non les porteurs de cultures originales. Lorsque les Noirs sont devenus citoyens, la question s'est posée de savoir s'ils pouvaient être ou non intégrés dans la nation : étaient-ils assimilables ? ou au contraire, avaient-ils une culture "étrangère", des mœurs différentes, des modes de penser qui empêchaient, ou tout au moins freinaient, leur incorporation dans la société occidentale ?
    Telles sont quelques-unes des questions que Roger Bastide aborde dans cet ouvrage, considéré à juste titre comme un des grands classiques des études afro-americanistes. C'est le seul livre en langue française à présenter une vue synthétique des différentes Amériques noires, du nord au sud du continent en passant par les Caraïbes.
    C'est à Roger Bastide, à travers ses nombreuses publications et ses enseignements, que l'on doit l'introduction et le développement des recherches afro-américanistes dans l'anthropologie et la sociologie françaises. Par ses travaux, il a révelé la remarquable plasticité des cultures noires des Amériques. En effet, l'esclavage, s'il a rompu en partie le lien avec les cultures africaines, n'a pas détruit pour autant la créativité culturelle des Noirs. Ces derniers ont su, et savent toujours, tirer parti de leur marginalité et de leurs contacts avec les cultures européennes et indigènes du Nouveau Monde pour élaborer des systèmes culturels syncrétiques profondément originaux, fondement de leur identité collective.
    Par-delà la diversité des cultures afro-américaines dont rend compte cet ouvrage, il existe bien un certain nombre de convergences essentielles entre les différentes Amériques Noires que Roger Bastide fait apparaître en restituant le cadre historique et sociologique de la formation de ces cultures.


Art et société [1945]
Préface de Jean Duvignaud, 1997, 214 p.

 
   La sociologie de l'art a eu longtemps mauvaise réputation - et c'est peut-être justice - mais ce que tente ici Roger Bastide, au long d'essais qui ont occupé sa vie brésilienne et française, déborde les vieux concepts de l'esthétique et du positivisme.
    Comme ses contemporains, Pierre Francastel et Lucien Goldmann, mais par des voies différentes de l'anthropologie et de la psychanalyse, Roger Bastide redonne à la création son enracinement essentiel et au-delà de la culture, découvre l'immense champ de l'imaginaire social et du dynamisme social des formes...
    Depuis la première édition de ce livre (1977, en français) la sociologie de l'art a connu des développements importants et souvent divergents, qui font aussi sa richesse, la place de Roger Bastide y est originale et essentielle, elle est, sans doute, aussi porteuse de développements riches d'avenir. Après les recherches nécessaires sur les conditions socio-économiques de la production et de la diffusion ou de la réception des œuvres, un retour à la prise en compte des œuvres d'art en sociologie semble inévitable. La nécessaire articulation des ces deux directions de recherche peut trouver dans ce livre matière à réflexion. Comme l'écrit Roger Bastide : La boucle est ainsi bouclée. Nous sommes partis d'une sociologie qui cherche le social dans l'art et nous aboutissons à une sociologie qui va au contraire de la connaissance de l'art à la connaissance du social.


Brésil, terre des contrastes[1957]
Préface de M. I. de Queiroz, présentation de C.Ritui, 1999, 358 p.
 
    Dans Brésil, terre des contrastes, paru en 1957, Roger Bastide propose une présentation générale du Brésil, à sa manière, c'est-à-dire fortement marquée par la passion de comprendre, de donner à voir un monde différent, un "ailleurs" dégagé de tout exotisme. Après une brève revue de l'histoire du Brésil, il nous entraîne dans un voyage dont l'itinéraire repose sur une thématique logique reposant souvent sur la chronologie historique. Il souligne la diversité du pays où se côtoient, du point de vue à la fois spatial et temporel, plusieurs civilisations (canne à sucre, cuir, or, café). Enfin il procède à une synthèse des problèmes que connaît le pays dans les années cinquante.
    Brésil, Terre des Contrastes n'avait pas connu de nouvelle publication depuis 1957 et, même si les disparités régionales s'émoussent lentement, qui peut nier la pertinence, en cette fin de siècle, de la caractérisation choisie par Bastide ?
    Dans la présente édition qui reproduit l'édition originale de 1957, quelques notes ont été ajoutées afin d'actualiser certaines données socio-économiques et corriger certaines assertions ayant cours au milieu de ce siècle. Mais, bien des problèmes soulevés par Roger Bastide sont toujours d'actualité. Son ouvrage est un document précieux pour tous ceux qui s'intéressent au Brésil, parce qu'il émane d'un homme cultivé qui nous livre un témoignage passionné et passionnant sur un pays qui reste la "terre des contrastes".


Le prochain et le lointain [1970]
Préface de François Laplantine, 2001, 300 p.

      En 1970, Roger Bastide, alors professeur en Sorbonne à la retraite, entreprend de publier quelques-uns de ses 1.300 articles écrits depuis les années 20. Le prochain et le lointain est le premier de cette série, suivi de Le rêve, la transe et la folie (1972), Anatomie d'André Gide (1972), Estudos afro-brasileiros (1973) et Le sacré sauvage (éd. posthume, 1974). Le prochain et le lointain regroupe des articles, conférences, cours, parus entre 1955 et 1965, en français, portugais et anglais, auxquels il ajoute deux chapitres originaux ("L'acculturation formelle", 2e partie, chap. 1 ; "Mythe et utopie", 3e partie, chap. 1) et quelques textes de liaison. Ce livre s'articule autour du concept d'acculturation, auquel il consacrera un livre original l'année suivante : Anthropologie appliquée (1971). Il analyse ce qui se passe lorsque des hommes en rencontrent d'autres de culture différente, lorsque leur "prochain" est aussi un "lointain". La "rencontre des hommes" d'abord, obérée par le préjugé racial ; la "rencontre des civilisations" ensuite, avec les différentes formes subséquentes d'acculturation ; la rencontre des religions enfin, avec l'émergence des messianismes, du sacré "chaud" qui éclate dans un "orage mystique". Un beau livre antiraciste, mais sans angélisme, qui remet à l'honneur un concept quelque peu malmené depuis une dizaine d'années, celui d'acculturation que Bastide assimilait à celui d'"interpénétration des civilisations". Un livre étonnamment actuel, enfin, à l'heure où nous vivons aussi une rencontre de civilisations avec la présence "proche" maintenant installée de "lointains" Africains noirs, Maghrébins et Asiatiques.



Poètes et Dieux [1973]
(Estudos afro-brasileiros), préface de Roberto Motta, traduction de Luiz Ferraz, 2002.

 Cet ouvrage a été conçu pour les éditions Perspectiva de São Paulo. Il paraît en 1973 au Brésil alors que Roger Bastide effectue son dernier séjour dans ce pays, quelques mois avant sa mort. Le livre est constitué de ré-éditions de textes parus dans divers ouvrages de 1943 (A poesia afro-brasileira), 1946, 1951 et 1953 (Estudos afro-brasileiros). Il aborde le monde afro-brésilien en ce qui concerne la littérature - principalement la poésie - mais aussi la presse noire, et les cultes d’origine africaine, la macumba et surtout le candomblé dont il décrit minutieusement les différents éléments.
 Ces Études afro-brésiliennes n’ont jamais été traduites en français et les chercheurs non lusophones ne les connaissent donc pas. La réalisation de cet ouvrage était donc indispensable, d’autant plus qu’il constitue un livre de toute beauté, sans doute un des meilleurs de Bastide auquel il attachait de l’importance puisqu’il a tenu à l’éditer trois fois (1953, 1959, 1973), tout du moins pour certains de ses chapitres. Il révèle un Bastide ethnographe de grand talent, attaché au détail et développant des analyses anthropologiques fécondes.


 
 

Anatomie d'André Gide [1972]
L'Harmattan, 2006, 174 p.


 Roger Bastide est connu comme sociologue et anthropologue, spécialiste du Brésil et des cultes afro-brésiliens. On sait moins qu'il a, à son actif, une œuvre d'études littéraires importante de plusieurs centaines d'articles, dont une bonne moitié consacrée à la littérature brésilienne.
 Parmi les textes littéraires de Bastide, André Gide tient une place de choix avec 14 articles publiés entre 1934 et 1972. Ce volume, paru en 1972, regroupe 7 de ces textes publiés au Brésil et en France – certains remaniés – ainsi que trois textes inédits et une introduction. L'ensemble n'apparaît pas comme un collage d'articles disparates mais comme une analyse cohérente d'une œuvre et d'une pensée. Gide est le romancier sur lequel Bastide a le plus écrit. Une telle fidélité est remarquable et fait de Bastide un des exégètes les plus prolifiques de Gide.

Sociologie du Folklore brésilien
et Études afro-brésiliennes 2
L'Harmattan, 2007.


 
 Le présent volume ainsi que Poètes et Dieux ont pour objectif de proposer l'ensemble des Estudos afro-brasileiros parues entre 1946 et 1973. Restaient "Sociologie du folklore brésilien", trois textes sur le candomblé ("Monographie de candomblés", "Le cérémonial de la politesse" et "Le lundu do padre"), et le "Batuque de Porto Alegre".
 Mais Bastide a publié d'autres études sur le folklore dans des revues brésiliennes. Nous en avons rassemblé onze que nous avons ajoutées à ce volume, qui traitent entre autres du folklore pauliste, du cururu, du desafio, du batuque, de la burrinha.
 L'ensemble de ces études ne dresse pas un tableau exhaustif des manifestations folkloriques du Brésil, qui sont très nombreuses. Par exemple, le bumba-meu-boï n'est pas évoqué ici. Mais la richesse de cet ensemble n'échappera pas au lecteur.
 Le titre "Sociologie du folklore brésilien et Études afro-brésiliennes 2" montre que Bastide ne considérait pas le candomblé et les différents cultes de type vaudou du Brésil comme du folklore.

OUVRAGES SUR R. BASTIDE

Roger Bastide ou le réjouissement de l'abîme
(P. LABURTHE-TOLRA dir.), 1994, 280 p.

Études sur Roger Bastide
(C. RAVELET dir.), 1996, 192 p.

OUVRAGE SUR H. DESROCHE

Henri Desroche, un passeur de frontières
(É. POULAT & C. RAVELET dir.), 1997, 317 p.